23 avril 2010

Point noir

               Lentement, je me levais tant bien que mal, les bras croisés autour de mon torse. Autour de moi, du blanc. Du blanc à perte de vue. Je titubais, engourdi par ce froid glacial qui traversait facilement la mince couche de tissu qui me revêtait et par cette immensité blanche, une armée qui n’attendait qu’une chute pour m’engloutir dans ses ténèbres immaculées. En jetant un coup d’œil vers le sol, je m’aperçus que mes jambes étaient enfoncées dans la neige, comme prises au piège. Je tentais de marcher, déplaçant ainsi cette lourde masse à mes pieds, mais la mollesse de mes muscles ne me permit que quelques pas vers l’inconnu avant de saluer gauchement les soldats blancs. En tombant, je compris que mes bras étaient attachés dans mon dos, par une camisole de fou, comme pour me prévenir de mon avenir dans ce désert polaire. Je me relevais de ce baiser forcé ; ma barbe et mes cheveux semblaient gelés, et paradoxalement, cela me brûlait la peau. En essuyant mon visage contre mon pantalon, je vis derrière moi une silhouette noire, ressortant comme une luciole dans la profondeur de la nuit. Je me retournai et entrepris de me diriger vers l’homme ou la femme immobile, cette entrave à l’horizon plat qui séparait nettement la blancheur éclatante du sol à la grisaille terne du ciel. Plus je m’approchais, plus l’excitation venait en moi. Le personnage était emmitouflé dans un mélange de cape, de manteau et de foulard noirs, et je ne pouvais discerner son visage. Par la carrure, je devinais que c’était un homme, amas imposant et immuable, comme un rêve de pierre. Haletant par ma course au ralenti, j’appelais la statue plusieurs fois et l’absence de réponse me fit taire. Je poussais d’une force non contrôlée son épaule par la mienne, mais je ne réussis qu’à le faire tomber dans la neige, ses lunettes dévoilant des yeux vides et gris. Comprenant à qui, ou plutôt à quoi j’avais affaire, j’arrachais de mes dents le foulard qui lui couvrait la moitié du visage et son cou, découvrant des traces de strangulation, violettes et mortelles. Exténué par ces quelques minutes de survie, je me glissais à l’intérieur de la cape de l’homme mort, comme un enfant contre sa mère. Je m’endormais ainsi, allongé sur ce corps inerte, la peur avalée par le froid.

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Posté par Tchoumeries à 16:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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